L'Eglise

Composante modeste du patrimoine languedocien, sa construction s’intègre dans la période de renouveau qui durant les 11ème et 12ème siècles couvrit notre région de près de 5000 édifices religieux.

Son implantation dû s’effectuer sur l’emplacement d’une église paléochrétienne car quelques sarcophages furent découverts au pied du mur sud, dans l’enclos sépulcral que jouxtait l’église, enclos qui recueilli les corps jusqu’en 1882 date de la translation du cimetière.

eglise

L’architecture première de facture romane classique s’inspirait de celle de nombreux édifices gréco-romains et oratoires paléochrétiens. L’ensemble étant orienté Est Ouest selon la tradition, pour la fête des saints patrons Nazaire et Celses le soleil levant pénètre par la baie axiale de l’abside à double ébasement. (Ouverture conique diminuant le l’extérieur jusqu’au milieu du mur puis s’inversant). L’abside étant plus basse que la travée de chœur elle-même dominée par le mur triomphal bâti sur l’arc du même nom cela permet d’ouvrir un oculus dans ce mur.

Enfin, à l’ouest plus élevé que la nef, le mur façade massif percé d’un portail avec à son sommet en pignon triangulaire une fenêtre ou se logeait la petite cloche.

Tout l’édifice était voûté et couvert de dalles de calcaire. Cela représentait un poids énorme supporté par de robustes murs bâtis selon la technique régionale de « l’Opus monspelliensis » où l’on utilisait des moellons identiques de taille mais posés tantôt de chant tantôt à plat, alternance qui rompt la monotonie des assises. De plus, les murs étant en réalité doubles, il en résulte un vide crénelé bourré de mortier de blocage. La solidité est renforcée par des contreforts extérieurs épaulant les arcs intérieurs qui reposent sur des colonnes semi engagées. Pour alléger la poussée de la voûte des arcs dits engagées à l’intérieur des travées dans le sens longitudinal la reportent sur les colonnes à l’arrière des arcs.

Saint Nazaire dépend d’abord de l’abbaye de Saint Chaffre du Monastier près du Puy. Cette puissante abbaye déjà présente à Saint Vincent de Barbeyrargues, confirme la vocation pastorale de la paroisse érigée en prieuré .

L’impact des aléas historiques renforcés par sa situation dans le delta du Dardaillon affaiblissent la population tombant souvent à 6 ou 7 feux (soit 30 habitants) qui ne peut assurer l’entretien de l’église.
En 1405, cette lourde charge est reprise par la collégiale de la Sainte Trinité de Maguelone moyennant pension. Vaille que vaille, jusqu’aux terribles guerres de religion, l’édifice sera entretenu mais situé sur le front des luttes, sans défenses, le village sera dévasté. (3 maisons en 1560). L’église ruinée, la voûte éffondrée, ne sera rebâtie qu’au début du 17ème siècle. Les habitants de Lunel font don de la Cloche (Portant gravée la date 1617 et cette inscription, « Don des catholiques de Lunel à ceux de St Nazaire ». C’est une ROUX et MASAEDE, d’environ 50 KG, la plus vieille cloche classée du département par arrêté du 12 juillet 1957 du Secrétaire d’Etat aux Arts et Lettres.

Du bel édifice roman primitif, il ne nous est parvenu que le mur nord et encore la suppression de la travée de chœur déséquilibre les volumes. Le mur Sud écroulé comme la voûte sera reconstruit avec les moellons de récupération, moitié moins épais, sans contrefort, au 1er arc ce qui interdit la pose d’une voûte. La toiture sera dorénavant composée de tuiles posées sur pare-feuilles, chevrons et poutres longitudinales engagées dans la façade et les arcs successifs. Dès lors, comme une litanie, l’entretien du toit de l’édifice reviendra dans les délibérations du Conseil. Nous parviennent aussi les chicanes opposant la Communauté aux Prieurs de Maguelone (dont les mandataires ont depuis longtemps déserté St Nazaire et ses fièvres). Ainsi, le 28 avril 1740, l’évêque de Montpellier ordonne la réfection du plafond de la nef. Sa sacristie actuelle qui a été ajoutée demande elle aussi un plafond neuf.
Le 23 Août 1773 Mgr DURFORT, demande la restauration de la chaire, le 21 Avril 1779, Mgr de MALIEDE celle du maître autel.
Ce n’est que le 11 septembre 1789 que le consul signale qu’enfin le chapitre de Maguelone (obligé par sa qualité de décimateur, a daigné « faire un plafond à une partie du sanctuaire au lieu de refaire à neuf la voûte n’ayant pas même fait de plafond à la sacristie.
Pour ce qui concerne le clocher, une deuxième cloche « plus sonore » à été logée dans le pignon. La petite ROUX servira de timbre à l’horloge et rythmera la vie du village.

En 1745 la cloche sonore « est tombée » le bois étant pourri ! En 1748 le 18 mars, le Sieur PAGES, consul informe le Conseil que les rigueurs de l’hiver ayant fait fendre et couper la cloche de l’église paroissiale, qu’on ne peut s’en passer, qu’il convient de la refondre et augmenter d’un quintal.

En 1749, le Sieur POUTTINGON livre la cloche : il convient de vérifier si elle est en bon état et solide. 1750, achat d’une horloge. En 1774, le clocher façade est consolidé par Pierre BELLO de Lansargues. La période révolutionnaire et l’empire voient la population diminuer de moitié (61 habitants en 1818). Le village et son église sont à l’abandon. Ce n’est qu’avec la Restauration que s’amorce le renouveau (appel à la main d’œuvre du Pays haut, remontée de la population jusqu’à 130 habitants en 1850, 185 en 1864 !) La montée en puissance du vignoble générée une certaines aisance financière d’où la succession de chantiers importants.